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Portrait. Jean-Lou Racine. Le data maniaque
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Portrait. Jean-Lou Racine. Le data maniaque

Datamaniaques

(portrait signé Frédéric Thual). À 50 ans, ce professionnel nantais de la communication et du web a lancé le mouvement « Datamaniaques ». un manifeste pour éveiller les chefs d’entreprise à la valeur de leurs données… trop souvent inexploitées.
 

Au retour d'une learning expedition à San Francisco

La révélation remonte à une « Learning Expedition » de 2012 à San Francisco, durant laquelle il découvre les centres de recherche d’IBM, de Waze, de Zappos – filiale d’Amazon... « Là, j’ai compris que l’on avait changé de siècle, qu’il n’y avait pas débat : le sujet, c’était la data », répète à l’envi Jean-Lou Racine, cofondateur de l’agence nantaise de communication Web Le Phare à l’origine du mouvement Datamaniaques. « En France, 95 % de la data générée par une entreprise reste inexploitée. Pendant ce temps, Uber, Airbnb, Facebook, Google, Amazon... captent de la donnée, créent de la valeur syno- nyme d’emplois. Il est plus que temps de se mettre en mouvement... ».

Datamaniaques : un manifeste, une centaine d’entreprises

Lancé en juillet dernier, cet appel a été entendu par une centaine d’entreprises et de startups sensibles au sujet. Principalement des acteurs du numérique, mais aussi des entreprises plus traditionnelles, comme le groupe textile Mulliez-Flory. Spécialisé dans le vêtement de travail, il pilote le projet Autonex, initié par le Centre européen des textiles innovants (Ceti) autour du vêtement connecté. Un programme porté par un consortium composé d’électroniciens, d’experts du traitement des signaux, de spécialistes des nanocomposants, d’ingénieurs chimistes et de médecins, et qui devrait bien évidemment générer une multitude de données.

Une web-série sur les enjeux de la data

« Or, aujourd’hui, qui s’en préoccupe ? À part les e-commerçants ? Personne ! », martèle l’entrepreneur nantais qui a fait appel au réalisateur Erick Sanka pour coproduire une Web-série de cinq épisodes intitulée Les docteurs Datamaniaques. Objectif : véhiculer le message, faire du buzz, créer des rencontres et partager les données. Si l’initiative n’a pas vocation à générer directement du business, « elle a le mérite de formaliser un collectif, comme on peut le voir aux États-Unis, pour vulgariser cette approche. Une évangélisation pour des prises de décision qui seront, à terme, guidées par les données. Là, on entrera dans le business », soutient Fabien Poulard, fondateur de la startup Dictanova, qui a fait des datas son cœur de métier.

Supprimer les silos, créer des emplois

« On veut supprimer les silos, créer des emplois, valoriser les marques et transmettre des connaissances pour inventer la relation client de demain... », précise celui qui fut à l’origine des premiers sites Internet du leader mondial des chariots de manutention Manitou ou de l’hôtelier Best Western France, en 1995. « À l’époque, c’était de simples sites de présentation. Cinq ans plus tard, on sentait que le Web allait devenir impor- tant pour faire du business. Dès lors, plutôt que de proposer des catalogues en ligne, on les a incités à capter des contacts et à capitaliser dessus », indique Jean-Lou Racine, formé dans une école de commerce nantaise. Il s’agit d’aller bien au-delà des simples CRM et sortir de la focalisation sur les outils.

Créer un nouveau référentiel de cotation à partir des données

Marathonien amateur et fondu de ciel étoilé « plus instinctif que diplômé », comme il se définit, Jean-Lou Racine se découvre très vite une passion pour le marketing et les réseaux. Et joue collectif. « En pleine tourmente Internet », il fonde l’agence Le Phare en l’an 2000 avec le designer Bruno Loirat et Vincent Caillaud, venu du Québec avec une vision technologique et méthodologique novatrice. Des compétences « qui n’existaient pas dans une seule tête » et qui accompagnent « les entreprises afin qu’elles deviennent moteur de leur destin ». Le trio fait émerger de nombreux réseaux. Jean-Lou, lui, intègre le réseau Entreprendre, dont il créera l’entité régionale Pays de la Loire neuf ans plus tard. Pour multiplier les contacts, il s’implique dans la plateforme régionale d’innovation Design’In, l’Association des décideurs du numérique ADN Ouest et, plus récemment, il s’est rapproché de Nantes Atlantique Place Financière.

Le Phare, aux côtés de la start-up Kiplin

L’homme de marketing et de communication tisse sa toile. Jusqu’à la prise de participation dans la startup Kiplin, fondée en décembre 2014 par Vincent Tharreau, dans laquelle les dirigeants de l’agence ont décidé d’investir. « Avec Kiplin, l’idée de départ était de proposer des challenges, du type “faites 5 000 pas par jour”. On a conceptualisé la démarche autour d’expériences connectées, partagées sous la forme de voyages virtuels thématiques comme “le tour du monde en 80 jours”, “le Paris-Brest”, “la Route 66”, “l’évasion d’Alcatraz”... ».

Vers un référentiel de cotation des données ?

Soutenue et hébergée par le groupement hospitalier Le Confluent, la startup s’attache aujourd’hui à la qualité de vie au travail, à la prévention et aux parcours santé dans des schémas collectifs, propices à la multiplication des datas. « Des prismes qu’elle n’avait pas imaginés au départ, c’est ça le pivot », estime le datamaniaque, qui voudrait ébaucher un référentiel pour établir une cotation des entreprises non plus à partir des ressources financières, peu significatives pour les startups, mais au regard de leur « capital data »... « Lorsque l’on regarde vingt ans en arrière l’univers du logiciel, on y voyait Microsoft et pas tous ces éditeurs issus du logiciel “libre”... », rappelle-t-il.

La Tribune / Frédéric Thual (@FrdericThual)